La peinture t'chan et sumi-e  

 

L’art tch’an apparaît nettement à l’époque Tang des dynasties chinoises, vers le 7 ième siècle de notre ère.

Il se développe parallèlement aux autres écoles chinoises de peinture mais s’en distingue par l’extrême sobriété et la vitalité du tracé. Tracé qui se prépare, tel un tireur à l’arc, dans un temps de méditation silencieuse afin que le geste devienne sûr et sans hésitation.

Six siècles plus tard, cet art pénètre et influence le Japon et fut enseigné dans de nombreux lieux où l’on enseignait le zen. Il fut simplement appelé sumi-e, c'est-à-dire ‘‘peinture à l’encre’’ par les japonais.

Les règles principales édictées par la Chine avec Xi-He (5 ème s. ap.J.C.) sont restées les mêmes jusqu’à aujourd’hui : sobriété, vivacité, absence de retouches, frémissement de la vie en chaque sujet représenté.

Le but de cette peinture n’est tant une recherche d’esthétique qu’une démarche intérieure personnelle, une voie de transformation du regard sur le monde, les hommes et les choses. On y retrouve l’influence du Taoïsme pour lequel la façon dont nous entrons en relation avec la nature conditionne notre vie humaine.

Les chefs d’œuvre de l’art tch’an ou sumi-e sont innombrables et cet art a fait école pour sa recherche à la fois d’une grande concentration, d’une épuration du tracé et d’une possible audace personnelle.

Comme l’a traduit le sinologue Arthur Waley :

‘‘les chefs d’œuvres de l’art tch’an sont la passion figée en un moment de calme stupéfiant’’

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Depuis la simple ressemblance jusqu’aux rendus les plus expressifs, riches en détail et en couleurs, la peinture chinoise est passée par bien des étapes des plus austères aux plus lyriques et chatoyantes. Elle rencontra même, au 6°s., le bouddhisme venu de l’Inde et qui influença de nombreux artistes d’une façon particulièrement directe au fil des siècles. Dans la façon de regarder la nature, le taoïsme chinois traditionnel rencontre peu à peu un écho particulier dans la doctrine du bouddhisme appelé tch’an en chinois, mieux connu sous le nom de zen au Japon. En effet, chaque aspect, chaque élément, chaque parcelle de la nature est unique et respectable dans une énergie intérieure cachée.

Vers le 12° et 13°s, cette démarche de la peinture tch’an accorde une place importante à la méditation sur le réel concret et naturel avant de peindre.

Plusieurs adeptes du Tch’an ont pratiqué la peinture avec vigueur et dextérité dans leur coup de pinceau après de longues minutes de silence tels Mu-Qi, Liang Kai...

Leur pratique s’appuit sur une éthique de vie et une discipline développant non seulement les aspects techniques de la peinture à l’encre noire mais une clarification dans leur vie intérieure s’inspirant également du taoïsme.

L’art tch’an fait école pour sa recherche d’une grande concentration, d’une sobriété de moyens et d’une possible audace personnelle.

Cet art ouvre une voie vers une peinture de l’instantané, se voulant d’abord au service d’une inspiration personnelle et d’une intuition spirituelle. Le fossé s’estompe entre la réalité concrète, même banale, et une vision spirituelle sur toute chose. La peinture Tch’an a été une des expressions les plus complètes de la peinture chinoise et a influencé bien des générations de peintres revendiquant leur liberté personnelle par rapport aux modes, en revenant à des moyens volontairement pauvres mais permettant d’aller à l’essentiel sans ostentation.

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C’est aussi cet art qui a rencontré au Japon un engouement considérable jusque dans certains monastères bouddhistes zen où il était pratiqué comme une noble voie à part entière.

Cet art de la peinture à l’encre, et uniquement à l’encre noire et à l’eau, se dénomme “sumi-e” , littéralement “dessin à l’encre”, terme d’ailleurs compris dans tout l’extrème-Orient.

Le véritable style sumi-e est reconnaissable encore aujourd’hui à la rapidité et sobriété de son exécution, rappelant l’instantanéité de l’éveil recherché notamment dans le bouddhisme. Mais cette aisance laisse deviner une profonde capacité d’observation pour être d’abord capable de représenter les choses avec la plus grande vraisemblance et authenticité.

Depuis des siècles, le peintre tch’an ou sumi-e cherche à reproduire “l’esprit des choses” avec économie, rapidité et dextérité dans une atmosphère plus suggestive que détaillée.
 

 
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