Instruments  

le papier, le pinceau, l'encre   
La feuille blanche et l'espace
La feuille blanche est aussi immense comme un désert, pure comme la neige, réceptive comme une terre franchement labourée. Elle a le pouvoir de la plus totale réceptivité. Elle peut tout accueillir : le trait le plus mesuré ou le plus fou, l'humeur la plus vagabonde ou l'émotion la plus pure. Toutes les écritures, tous les signes, toutes les musiques. Si la feuille blanche est limitée, elle évoque pourtant l'infini. Elle est le vide.
La lente route du papier

Rappelons que le papier est une "invention" chinoise vers 107 de notre ère, attribuée à Cai Lun, fonctionnaire à la cours des Han (25-225ap.J.C.).

Ce sont les arabes, vainqueurs à Samarande, qui auraient appris de prisonniers chinois la fabrication du papier à partir de chiffons.

Ce secret voyagea alors par une véritable "route du papier", vers le Japon, l'Asie Centrale, la Perse, l'Afrique du Nord... Une des premières fabriques occidentales de papier fut construite en Espagne vers 1150, soit 1000 après son apparition en Chine.

Depuis, la Chine et le Japon produisent encore de très nombreuses variétés de papier à base d'écorces de murier, de paille de riz, de feuilles de bambou, de chanvre... du blanc le plus pur à l'ocre profond.

La fenêtre ouverte sur le monde

"Avant de peindre, il faut une étendue de blancheur" (Lun Yu VII, 6.)
Le papier est la loi de la vie. Il représente à la fois une totale réceptivité par sa blancheur et une limite absolue par ses frontières. Il préfigure un silence permettant de tout accueillir. Ce silence blanc va supporter le langage du pinceau, et le langage de l'encre. La calligraphie tch'an accorde une place importante à l'espace blanc, au vide qui sera préservé. Il n'est pas possible d'exprimer quelque chose sur une surface remplie. Il serait présomptueux d'envahir l'espace libre du papier. Il est l'espace qui permet la révélation d'un langage désencombré.
Peinture zen, le papier
Le pinceau
On le qualifie souvent en lui prêtant le caractère de son auteur :
plein de fougue, indiscipliné, audacieux, fantaisiste ... Le Maître calligraphe tient son pinceau comme il tient son esprit : avec aisance et liberté.
Il le conduit dans les hauteurs des montagnes et lui fait caresser les nuages.
Il le maintient dans la rectitude des troncs élancés, dans la pente des collines et la courbe des fleurs.
Les mouvements tant fins et réguliers comme des fils de soie, que rapides et tumultueux comme un envol de cygnes.
Peinture t'chan et sumi-e, les pinceaux
Les premiers pinceaux

En orient, c'est le même instrument qui sert à peindre, à dessiner ou à écrire. Grand ou petit, épais comme une brosse ou fin comme une aiguille, cette touffe de poils montée sur un manche de bambou connaît une très longue histoire liée à celle de la calligraphie.

Les premiers connus étaient en poils de chameau, puis de lapin.
Plus tard, les poils de mouton et de chèvre se sont révélés plus souples.
Pour peindre les feuilles de bambous ou d'orchidée, les poils plus résistants du renard, du loup ou de la martre sont recommandés.
L'art de la fabrication des pinceaux se développe encore de nos jours pour permettre toutes les possibilités de création.

Les premiers critères de qualité d'un pinceau est sa pointe.
Seule une pointe fine permet un tracé souple et régulier.
Le pinceau ne devra jamais séjourner dans l'eau sous peine d'un pourrissement des poils.
Il sera lavé à l'eau claire et suspendu tête en bas pour sécher.
Le prix d'un pinceau peut varier de 1 à 10 000 dans toutes les monnaies du monde.

Le langage des pinceaux
Le langage du pinceau est la mobilité.
Le pinceau imprime le mouvement, le dynamisme, l'énergie. Du mouvement le plus cohérent, nuancé, pondéré au plus rapide et fougueux.
L'encre
Peinture t'chan, instruments et traditions, l'encre

Elle est le lien entre l'énergie
et la disponibilité
entre l'énergie du mouvement
et le silence du papier blanc.

 

L'encre est la mémoire.
Nombreux sont ceux qui pensent que le noir n'est pas une couleur.


Les peintres chinois et japonais disent qu’elle contient toutes les couleurs et, selon la dextérité du peintre, tous les reliefs.
Par l'encre le mouvement laisse trace. Indélébile, définitive, une trace sur laquelle il ne sera plus possible de revenir. Curieux instant que celui de l'acte créatif où le tout possible devient définitif.


l'encre noire renferme, par tradition, le principe yin :
l'obscurité, la terre, l'eau, le souple, la féminité.
Quant à sa matière, sa constitution est une étrange union de deux paradoxes : l'eau et le feu. C'est le noir de fumée, produit de la combustion du bois, qui s'intègre à l'eau.
En cela l'encre n'est pas un colorant mais un pigment fait de milliards de particules en suspension.
Dans l'humble encrier ou pierre à encre du calligraphe, le coeur du chaos est constitué de milliards de possibles.
 
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